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Publié le février 19th, 2018 | par Océane Viala

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Affrontements entre civils et policiers : « Je me demande comment les gens peuvent en arriver-là »

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La soirée du nouvel an 2018 a été le contexte d’une agression violente de deux représentants des forces de l’ordre. Cela fait un peu plus d’un mois qu’un capitaine et une gardienne de la paix ont été agressés à Champigny-Sur-Marne, dans le Val-de-Marne. Marie*, 22 ans, en service depuis 1 an dans la police nationale, parle de sa jeune expérience.

La vidéo du passage à tabac à Champigny-sur-Marne tourne sur les réseaux sociaux, et la tension monte au sujet des violences entre civils et policiers. « Les policiers sont devenus les punching balls de la République », déclare Jean-Paul Megret, secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police sur Franceinfo. « Ça commence à bien faire », dit Freddy Lefi du syndicat Unité SGP Police, affirmant qu’ « il y a un problème d’échelle des peines » face aux violences commises sur les agents de police. Et en parallèle, un an après la manifestation de Bobigny après l’affaire Théo, les jeunes se mobilisent à nouveau contre les violences policières. Malgré toutes ces rixes entre policiers et civils, Marie* a fait le choix de devenir gardienne de la paix.

« Non, les contrôles ne se font pas au faciès »

 Comment avez-vous vécu l’agression de la policière au nouvel an à Champigny-sur-Marne ?

J’étais choquée par la vidéo. Quand je la voyais se faire frapper par terre, honnêtement, ça m’a choqué. Après j’ai ressenti un peu de haine, je me suis dit que c’était facile, ils étaient je ne sais combien autour d’elle, elle était allongée au sol en essayant de se protéger le plus possible, elle s’est pris des coups dans la tête, dans les fesses. Je crois même qu’il y en a un qui a essayé de lui prendre son arme. Moi ça me choque ce genre de choses, je me demande comment les gens peuvent en arriver là, à vouloir taper une policière qui en l’occurrence ne leur avait rien fait, c’est juste de la violence gratuite. Ça me donne encore plus envie de continuer, je me dis que j’espère arrêter les personnes qui ont fait ça, et qu’un jour si ça m’arrive, les auteurs seront punis comme il se doit, parce que souvent ce n’est pas le cas, et c’est bien dommage.

Qu’est-ce qu’il faudrait changer pour que ce genre de choses ne se produisent plus ?

Pour moi c’est la justice. Souvent les auteurs sont arrêtés à notre niveau, on les interpelle mais ça ne suit pas derrière au tribunal. Soit ils sont re-convoqués, soit ils ont un rappel à la loi… Par exemple j’ai subi un outrage la dernière fois, et comme la jeune fille était mineure, elle ne sera pas poursuivie par le parquet pour ce qu’elle m’a fait, et ce n’est pas normal (Marie* a déposé plainte contre une jeune fille l’ayant insultée de « sale pute » après avoir refusé d’obtempérer pendant un contrôle d’identité, ndlr). Normalement il y a une peine qui est prévue pour cette infraction, elle doit être appliquée. Sinon après elle se dit qu’elle peut recommencer vu qu’elle n’a rien eu. Souvent c’est ça la mentalité des gens, « de toute façon je peux recommencer vu que je n’ai rien derrière ».

Votre regard sur les affaires d’affrontements entre police et civils a-t-il changé depuis que vous êtes dans la police ?

Quand on est à l’extérieur, on voit les choses différemment. Par exemple, on voit un policier qui contrôle un noir, on va se dire « tout ça parce qu’il est noir ». Non, les contrôles ne se font pas au faciès. Les contrôles d’identité sont différents des contrôles routiers. Un contrôle d’identité doit être justifié. On n’a pas le droit d’arriver dans un quartier et de contrôler tous les jeunes (sauf si on a une réquisition). Donc oui, ici en Île-de-France où je travaille, il y a beaucoup de personnes d’origine africaine ou maghrébine. Et je vais même dire que je croise plus souvent des personnes de type africain et maghrébin que de type européen, que ce soit en tant que victime ou en tant qu’auteur. J’ai moi-même des origines noires, je ne suis pas raciste, donc je ne vais certainement pas contrôler une personne sous prétexte qu’elle est noire. Après je sais qu’il y a des abus, mais c’est comme partout, et moi je n’en ai jamais vu et j’espère ne jamais en voir parce que c’est quelque chose que je n’admets pas du tout, le racisme j’ai horreur de ça.

« À ce moment-là, je me suis dit que ma vie était en danger. A tout moment je pouvais me prendre une balle. »

Quand avez-vous commencé à envisager de rentrer dans la police ?

J’y pensais déjà un peu au lycée, mais bon, ce n’était pas un métier dans lequel je me voyais, je me voyais plus devenir avocate. Quand j’ai arrêté le droit, je me suis dit que je voulais toujours travailler dans les métiers du droit. Mon grand frère avait un ami qui était dans la police et qui disait que c’était super, du coup je me suis renseignée pour passer les sélections, et je les ai eu.

Quels types d’interventions pratiquez-vous le plus souvent ?

Les interventions qui reviennent le plus fréquemment ce sont les différends. Différends familiaux, entre usagers de la route… Les vols à l’étalage, c’est un basique. Les accidents de la route, surtout matériels, pour l’instant je n’ai pas vu d’accident corporel grave. Des rixes, des bagarres entre différents quartiers, des jeunes qui règlent leurs comptes… Beaucoup de dégradations aussi.

Est-ce qu’il y a une intervention qui vous a marqué ?

Il y en a plusieurs, mais une particulièrement… J’étais avec mes collègues, on devait effectuer la pose d’un scellé sur un cercueil, et on est appelés pour une mission : un homme qui a essayé de tuer une femme à coups de couteau dans une résidence. Lorsqu’on arrive sur les lieux, il y avait déjà une équipe présente en train de s’occuper de la victime dans son appartement. On a dû s’occuper d’intercepter l’auteur qui s’était retranché chez lui. En fait l’homme avait planté sa voisine dans la gorge et dans les côtes, pour une histoire d’amour qui s’est transformée en différend de voisinage. Il y avait plein de sang partout, j’étais vraiment dans une adrénaline de fou parce que je me suis dit « il est armé chez lui », je pouvais me prendre un coup de couteau. Finalement l’interpellation s’est bien passée, et la victime s’en est sortie, heureusement.

Vous êtes vous déjà sentie en danger pendant une intervention ?

Un jour on a été appelés en renfort sur la commune de Grigny, parce que des motards de la police nationale se sont fait tirer dessus. Des hommes ont fait un braquage dans une bijouterie dans le 91, et ensuite ils ont volé une voiture avec le conducteur à l’intérieur. Les motards les ont pris en chasse et ils ont ouvert le feu sur les collègues de la police. Donc on a été appelés en renfort, dans le quartier de La Grande Borne. À ce moment-là, je me suis dit que ma vie était en danger, à tout moment je pouvais me prendre une balle.

« Ce n’est pas un métier facile parce qu’on n’est pas forcément respectés par la population, on se fait insulter, parfois frapper »

Beaucoup de gens disent que les policiers devraient être plus contrôlés dans leurs interventions, qu’est-ce que vous en pensez ?

On est déjà beaucoup contrôlés, même si les gens ne le savent pas. On doit faire des comptes rendus de chaque intervention, faire des rapports sur la main courante, nos voitures sont géolocalisées, et il y a aussi beaucoup de caméras dans la ville. Quand on intervient, ils positionnent les caméras sur nous pour voir ce qu’on fait, si tout va bien. Après ils parlaient de nous doter de petites caméras, ça c’est bien dans les deux sens je trouve. Je n’ai jamais vu de collègues contre ça, j’ai même un collègue qui en a une personnelle, et qui la met. Au contraire, on est pour. Des fois on interpelle quelqu’un, et c’est sa parole contre la notre. Au moins avec la vidéo, la personne ne peut pas nier ce qu’elle a fait, et le policier non plus.

Avez-vous un message pour les jeunes qui veulent se lancer dans le métier de policier ?

Il ne faut pas faire ce métier parce qu’on a vu de la lumière, et qu’on se dit qu’on va avoir un salaire fixe. Il faut le faire avec envie parce que sinon on ne tient pas moralement. Il y a beaucoup de pression de la part de la hiérarchie, ce n’est pas un métier facile parce qu’on n’est pas forcément respectés par la population, on se fait insulter, parfois frapper. La dernière fois mes collègues se sont fait caillasser, ils ont failli mourir pour être honnête. Ce n’est pas un métier facile, il faut quand même avoir un bon moral, être entouré, avoir une bonne vie à côté. Mais si on veut rentrer dans la police il faut foncer, parce que c’est un beau métier quand même ! Moi je fais ce métier pour aider les gens, quand on est appelés pour un vol à l’arraché par exemple, et que la victime est au bout de sa vie parce qu’elle vient de se faire voler ses affaires, et qu’on interpelle l’auteur, on se dit que c’est trop bien ce qu’on a fait. On a aidé une victime.

* le prénom a été modifié.

Propos recueillis par Océane Viala

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