Politique bruno-roger-petit

Publié le décembre 11th, 2017 | par Louis Tardy

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Bruno Roger-Petit, de langue acerbe à langue de bois

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Depuis le 1er Septembre dernier, Bruno Roger-Petit est le nouveau porte-parole de l’Élysée. Présentateur, chroniqueur, blogguer, … Qui était vraiment ce journaliste qui a troqué sa carte de presse contre un poste à l’Élysée ?

Le personnage de Bruno Roger-Petit n’existe plus. Exit les petites phrases, les tweets polémiques et les éditos pro-Macron. Le nouveau porte-parole de l’Élysée doit ranger sa langue dans sa poche. « Bruno Roger-Petit n’a plus de convictions personnelles. Il les tait car il est là pour servir le Président de la République. Par définition il n’existe plus. » explique Bertrand Delais, ami de longue date de Bruno Roger-Petit et réalisateur du documentaire Les coulisses d’une victoire.

Pendant des années, il anime les plateaux radio agite le monde de l’Internet. Mais avant cela, il débute à la télévision. Pierre Henri Arnstam, ancien directeur de l’information d’Antenne 2 décrit « quelqu’un de curieux qui s’intéressait à tout. Qui essayait d’avoir un point de vue personnel sur tout. » Celui qui a dirigé l’information entre 1998 et 2001 se souvient d’un journaliste qui « se démarquait par la prise de parole. Il faisait partie de ceux qui commentaient les décisions et les choix qui étaient faits. »

Sur Antenne 2, en octobre 1997, Bruno Roger-Petit fait son premier coup de buzz. A la fin du JT du soir, le sourire aux lèvres, il jette ses fiches par terre. « Ce qu’il voulait dire, c’est que ce type de journal ne l’intéresse pas, ce qu’il fait ici ce n’est pas bien » explique l’ancien directeur de l’information avant de poursuivre « Mais il ne pouvait pas partir car il aimait beaucoup être à l’antenne. »

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Au mois d’octobre, toutes les feuilles tombent http://www.ina.fr/video/I00009446

Un trublion sur l’Internet

Quelques années et polémiques, plus tard, il se trouve un nouveau domaine où il peut laisser exprimer sa personnalité. Le Web est l’un des terrains de jeux où son style accroche l’œil et suscite des réactions. « Il a toujours préféré la polémique aux articles de fond, sauf quand il parle de la République, de la Constitution » raconte Guy Birenbaum, journaliste et politologue, avant de poursuivre, « c’est quelqu’un qui a une culture politique, contrairement à beaucoup de ceux que je lis. Ce qui lui permet d’être provocateur avec du fond. »

En 2011, BRP, comme l’appellent ses confrères, contribue quotidiennement au « Plus » de L’Obs jusqu’en 2015. « C’était l’un de ceux qui avaient le plus de talent. C’était le plus facile à gérer » se souvient Aude Baron, ancienne rédactrice en chef du « Plus » de L’Obs« Son objectif c’était d’être blanc ou noir et provoquer le débat. Il y avait de la provocation assumée dans ses chroniques quand il était à L’Obs. » Pendant six ans, il fait les beaux jours du « Plus » mais, sa personnalité est mal vécue par certains journalistes. Selon l’un d’eux, il a coutume de publier ses chroniques avant relecture… au risque de ne pas avoir de feu vert au préalable. Ces autopublications sont généralement sans conséquence. Certaines n’ont cependant pas fait l’unanimité au sein de la rédaction. L’ancien journaliste du « Plus » se souvient d’une chronique concernant Dominique Strauss Kahn. « Il y a eu débat au sein de la rédaction en se disant qu’on ne pouvait pas mettre cet article en ligne sans l’avoir relu, sans avoir corrigé quelques éléments. »

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Capture d’écran du « Plus » de L’Obs. Les avis de BRP sont toujours tranchés

Toujours sur le Web, il perturbe la campagne présidentielle grâce à son blog « François-Mitterand-2007 ». En mars 2007, il décrypte anonymement les faits et gestes du monde politique sur la toile, avec le style piquant qu’on lui connait. Également blogueur pour le 20 Minutes avec son ami et éditeur Guy Birenbaum, il publie anonymement François Mitterrand 2008, il revient… « J’ai vu le blog de François Mitterrand qui était très malin, qui foutait bien la merde. J’ai alors proposé de l’éditer » se souvient l’actuel journaliste de Franceinfo. « On l’a fait d’une manière un peu provoc et ça a marché. On avait envie de se marrer ». A l’époque, le secret est bien gardé. Journalistes et politiques, tous cherchent à savoir qui se cache derrière la « résurrection » de l’ancien président. « C’était amusant de mener les journalistes par le bout du nez, les faire chercher qui écrit et qui fait quoi » raconte l’ancien éditeur. Finalement, le 20 juillet 2008, Bruno Roger-Petit brise le silence au micro d’Europe 1.

Les relations avec les politiciens, Bruno Roger-Petit les a entretenues tout au long de sa carrière. Au point de mêler ses propres convictions et son métier de journaliste avec des personnalités du Parti Socialiste.

« Je pense que Bruno est une sorte de dandy qui a un pied dedans et un pied dehors. » Bertrand Delais

« Il a toujours été très proche du milieu politique, c’est un journaliste très engagé » explique Aude Baron. L’analyse de Guy Birenbaum va plus loin. « Je pense qu’il a toujours voulu passer de l’autre côté du miroir. » Quand on regarde les rapprochements politiques de BRP, on peut lui donner raison. Expert en politique pour de nombreux médias, il s’est engagé en faveur de plusieurs politiciens du parti socialiste. En août 2006, il s’installe auprès d’Arnaud Montebourg pour la campagne présidentielle de 2007. A ce moment, il est responsable du dossier des médias et de la communication. Finalement Ségolène Royale sera la représentante du PS. Une première expérience infructueuse mais qui ne décourage pas le journaliste. Un peu plus tard, il roulera pour Dominique Strauss Kahn, une nouvelle fois sans résultat.

Les limites de cette promiscuité, demeurent un secret pour ses collègues. « J’en ai parlé avec lui mais il n’était jamais franc. En tant que journaliste il n’avait aucun intérêt à dire qu’il était trop proche de politiques. On ne pourra jamais savoir à quel point il était proche de certaines personnes » explique un ancien collègue. Pour l’ancienne rédactrice en chef du « Plus » de L’Obs, la proximité avec les politiciens ne faisait pas un pli et ne l’a pas contraint pas dans son travail de journaliste. « Il a toujours assumé d’être dans la subjectivité. Il n’a jamais caché pour qui il roulait, qui il défendait. C’est pour ça que les gens aimaient débattre avec lui. »

Pendant la campagne présidentielle de 2017, ce dernier écrit de nombreux éditos pro-Macron dans le magazine Challenges et fait ainsi des appels du pied au futur président. Le magazine est d’ailleurs rappelé à l’ordre par la Société Des Journalistes dans un communiqué paru le 16 mars 2017. La SDJ y dresse une liste d’éditos pour le leader d’En Marche! de BRP et Maurice Szafran.

Pour Bertrand Delais cet engagement envers Macron est une façon pour l’actuel porte-parole « de continuer son travail sur le monde politique. Il est dans un poste d’observation exceptionnel en étant porte-parole du président. »

Bruno Roger-Petit, un bon porte-parole ?

Etre porte-parole est le résultat de nombre d’années de travail.« Dans ses billets il pouvait être très critique en termes de communication mais il apporte des solutions. C’était un message indirect envoyé aux équipes des politiques » explique Aude Baron. Pour Pierre Henri Arsnstamil « aime être devant. En étant devant le président de la république, on est très en avant. Il a un pouvoir de communication très important. Ça doit lui plaire par rapport à son ego. »

Bruno Roger-Petit a cependant a deux qualités qui font qu’il sera un bon porte-parole de l’Élysée, annonce Bertrand Delais « Je pense qu’il arrive à un âge où il a suffisamment d’expérience de la communication politique et du journalisme politique pour passer de l’autre côté. » L’expérience est donc primordiale pour occuper un tel rôle mais Bruno Roger-Petit bénéficie d’un avantage que les autres prétendants au poste n’ont pas. « Il a la confiance de Macron. C’est le genre de poste qui ne peut se penser qu’en ayant la confiance absolue du chef de l’État. » Pour arriver à ce poste, Bruno Roger-Petit a bénéficié d’un allié de poids. « C’est moi qui avait attiré l’attention de Macron sur Bruno » explique le réalisateur de Les coulisses d’une victoire. Ce dernier a su placer son ami à un moment décisif de la campagne mouvementée de 2017. « Si tu veux faire une itw dans Challenges tu auras mon pote Bruno. Un peu plus tard, j’ai demandé à Bruno, Macron veut te voir, est ce que tu es Ok ? il m’a dit Oui. »

Que cette « promotion » soit appréciée pas ses confrères ou non, les journalistes politiques devront donc faire avec Bruno Roger-Petit comme porte-parole de l’Élysée. Guy Birenbaum souligne « tous ceux qui lui ont craché à la gueule vont lui manger dans la main. »

 Propos recueillis par Louis Tardy

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