Animaux Photo de Julia Richard Laborde

Publié le octobre 20th, 2017 | par Louise Rock

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Comment le chat sauvage est devenu « minou »

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Botté, perché, noir, à neufs vies, compagnon des sorcières ou encore star d’Internet, le chat est présent dans l’imaginaire collectif. Alors que près de 13 millions de ces petites boules de poils prennent aujourd’hui leurs aises dans les foyers français, les origines de leur domestication reste mal connue. A-t-elle seulement eu lieu ? 

Longtemps, les anciens Egyptiens ont été considérés comme les premiers à avoir apprivoisé le chat. Vieilles de près de 6.000 ans, des dépouilles du fier félins, ont été exhumées au cimetière de Nekhen, en Égypte, et de nombreuses peintures de sa gracieuse silhouette ornaient les murs de la XIIème dynastie, 2.000 ans avant notre ère.

En 2004, cette hypothèse a été bouleversée après la découverte, sur l’île de Chypre, d’une dépouille de chat dans une sépulture humaine datant de 9.500 ans.
Plus grand que son cousin égyptien, le félin chypriote ressemble à s’y méprendre à un chat sauvage, mais sa présence dans une tombe humaine suggère qu’il a été, à défaut d’être sauvage, au moins partiellement domestiqué. Il faut donc chercher ailleurs, et plus tôt encore, les origines de cette association entre nous et le matou.

Retour en arrière

Nous sommes au néolithique, soit 11.000 ans avant notre époque, quelque part dans le Croissant fertile (région du Proche-Orient). Les habitants de la région perfectionnent une innovation : la découverte de l’agriculture, qui bouleverse l’histoire de l’humanité. Grâce à elle, et pour la première fois, l’homme est capable de s’auto-suffire en nourriture et surtout de stocker en prévision des jours de disette (manque de vivres). Cette nourriture providentielle suscite la convoitise d’une multitude de rongeurs, qui prolifèrent joyeusement dans les réserves de céréales. De petits félidés, attirés par cette pullulation, commencent à rôder aux alentours. C’est aujourd’hui une certitude : l’ancêtre du chat domestique ne s’est intéressé à l’Homme qu’à partir du moment où les villages sont devenus des nids à rongeurs.

Mais qui sont ces chats en question ? En 2007, des généticiens, en analysant l’ADN de près de  mille chats sauvages et domestiques, ont montré que tous nos « minous » d’appartement (Felis catus ) descendent d’un seul et unique ancêtre : le chat ganté (Félis silvestris lybica) , l’une des quatre sous-espèce de chats sauvages qui ont arpenté le Moyen-Orient au néolithique.

Attirés par les rongeurs et les restes de repas qu’ils trouvent en abondance autours des habitations, les chats les plus dociles se sont rapprochés de l’Homme, qui l’a probablement toléré en raison de leur talent de chasseurs. Peut-être également séduit par leur grâce ?

Quoi qu’il en soit, les « matous » des villes n’ont pas oublié leur profonde nature. Ils ont poursuivis leurs échanges avec leurs cousins des champs, faisant perdurer les croisements entre les populations sauvages et apprivoisées plus longtemps que chez n’importe quel autre animal en cours de domestication. Cette tendance à l’indépendance est encore profondément ancrée en eux, il n’est pas rare de voir, de nos jours, des chats domestiques livrés à eux même redevenir sauvages.
Peut-on, dès lors, considérer le chat comme un animal domestique ? Les avis divergent parfois : d’un côté, ce félin n’a pas besoin de l’Homme pour survivre, de l’autre, les chats actuels portent tous les mêmes stigmates de la domestication : ils sont plus petits que leurs homologues sauvages, plus dociles et arborent des robes qui n’existent pas dans la nature.

L’ADN du chat retrace son histoire

Ces caractéristiques sont toutefois moins marquées chez les autres animaux apprivoisés. Peut-être pour la simple raison que le phénomène est récent, comparativement au chien, dont le destin a été lié au nôtre il y a 30.000 ans. Une étude génétique publiée en 2016 a également révélé que le pelage tabby (tigré, caractéristique des chats tigrés domestiques, n’était apparu que tardivement, au Moyen-Âge, ce qui témoignerait du désintérêt des sélectionneurs pour le chat. La sélection des races à pedigree est un phénomène bien moderne. Pour toutes les espèces domestiques, dont le chien et le chat, elle est apparue au 19ème siècle et s’est développée au 20ème.
La quasi-totalité des races actuelles ( au nombre de 57) a ainsi été créée entre la fin du 19ème et aujourd’hui.
L’ADN ne s’est toutefois pas contentée de raconter une histoire de pelage. En analysant le génome de plus de 200 chats gantés (dont 52 momies de mistigris égyptiens) ayant vécus entre le mésolithique et le 19ème, on a également retracé les pérégrinations de nos quadrupèdes poilus de l’Ancien Monde. Cette enquête montre que deux vagues de chats ont successivement déferlé sur l’Eurasie et l’Afrique : l’une au néolithique, en provenance du Moyen-Orient, a conquit l’est de la Méditerranée puis tout l’Ancien Monde ; l’autre, quelques milliers d’années plus tard, en provenance d’Egypte, a gagné elle aussi l’Europe, malgré l’interdiction du commerce des chats égyptiens, considérés comme sacrés.

Embarqués sur les bateaux de diverses civilisations méditerranéennes, les félins se sont éparpillés en Bulgarie, en Turquie et jusque dans le nord de l’Allemagne, où des restes ont étés retrouvés à Ralswiek, un site archéologique viking. Au 15ème siècle, Félis catus a achevé sa conquête du monde sur les navires de Christophe Colomb, de James Cook et d’autres, prenant patte en Amérique centrale, en Amérique du Nord, en Polynésie…

Si les zones d’ombre de la domestication du chat s’estompent, elles réservent néanmoins des surprises. Des travaux récents suggèrent qu’en Chine, une autre espèce de petits félins, le chat léopard du Bengale aurait été domestiqué. Ce chat aurai été apprivoisé en Chine 4000 ans av JC. Mais il n’a pas donné naissance à des lignées domestiques durables. Les raisons de cette disparitions demeurerons peut-être à jamais ignorées, mais cette double domestication suggère que dès lors que l’agriculture a été inventée, l’avènement du chat domestique est inéluctable.

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Félis silvestris lybica (Wikipédia)

Croissant fertile

Croissant fertile (© DR)

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