Culture Les Anges de la rue (© Page Facebook : Les Anges de la rue)

Publié le octobre 24th, 2017 | par Argan Fagnou

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« Si tu laisses la vie à ma fille, je m’engage à passer le reste de mon existence à aider les autres »

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Les Anges de la rue est une association créée à Gigean (Occitanie), il y a trois ans par Robert Massaré, un homme d’affaires dans l’immobilier. Elle vient en aide à ceux qui n’ont plus rien, aux sans-abris, aux femmes battues ou seules avec des enfants et aux familles en difficulté. Première partie de notre entretien.

Après avoir été chef de chantier dans le pétrole, Robert Massaré, président de l’association Les Anges de la rue, s’est lancé dans les affaires, et plus précisément dans l’immobilier. Il a cessé toute activité professionnelle il y a trois ans pour se consacrer uniquement à l’humanitaire et créer sa propre association. Robert Massaré revient sur la création de l’association pour News-gate.org.

Pourquoi avoir eu envie de créer l’association Les Anges de la rue ?

L’idée est venue toute seule. Il y a vingt-quatre ans, ma sixième enfant est née avec une malformation. J’ai donc été confronté à la maladie et j’ai dû faire un choix pour l’opération de ma fille qui n’avait qu’une chance sur deux de s’en sortir. Je n’étais pas du genre à rester sans rien faire donc je me suis tourné vers Dieu, j’ai fait un pacte avec lui : « si tu laisses la vie à ma fille, je m’engage à passer le reste de mon existence à aider les autres ».

Qu’avez-vous immédiatement fait après avoir passé ce « pacte » ?

Je suis sorti de l’hôpital, j’ai dit ça à mes autres enfants et nous sommes sortis dehors avec quatre poêles pour faire des crêpes aux sans-abris. Pas longtemps après, avec ma fille aînée nous sommes partis un dimanche matin acheter des croissants pour nous et pour les deux personnes qui dormaient en bas de chez nous, que les enfants voyaient toujours en rentrant de l’école. On est arrivés et il y en a un qui est mort devant nous. Ma fille m’a regardé avec ses grands yeux bleus remplis de larmes et m’a dit : « papa, toi qui est un grand homme d’affaires, c’est ça que tu dois faire, on ne peut pas laisser mourir des gens dans la rue ».

À partir de là j’ai réfléchi à comment aider les sans-abris. J’ai hébergé pendant vingt ans une centaine de personnes que j’ai nourri et logé sans rien leur demander. Il y a trois ans j’ai rencontré Valérie Senocq, l’actuelle vice-présidente de l’association, qui, à l’époque, voulait rentrer dans le bénévolat de l’association. Elle a fait quinze jours et m’a dit que ce que je faisais était magnifique et qu’elle me suivrait au bout du monde pour cette cause. Elle a tout laissé, elle est venue avec moi et nous avons créé l’association.

« On veut sortir toutes les personnes qui le veulent de la rue »

Quelles sont les ambitions des Anges de la rue ?

Premièrement, on veut sortir toutes les personnes de la rue, du moins celles qui le désirent parce qu’il y en a qui s’y complaisent. Nous allons donc construire des petites maisons mobiles et fixes de 9 m2 pour qu’il y en ait pour tout le monde parce que certains ne seront jamais capables de payer un loyer normal, mais il faut quand même qu’il y ait des abris pour ces gens-là ! Deuxièmement, nous allons créer des « maisons du cœur  » : des hébergements qui permettront dans toutes les villes à une trentaine/quarantaine de personnes de pouvoir y résider le temps que ça les arrange. Il y aura dedans une salle de repos, un réfectoire, etc. Et nous allons créer des villages d’artistes dans des endroits désaffectés, comme par exemple le village abandonné du côté de l’Ardèche où il y a des milliers de logements vides. Nous arriverons avec des camions, des semi-remorques de nourritures… Et on va créer un village d’artistes dans lequel on accueillera des artistes « maison », que nous sommes en train de recruter. Chez nous, ils n’auront aucune contrainte financière : ils auront juste à vendre leurs œuvres.

Des gens du monde entier viendront les voir dans leur atelier comme à Collioure par exemple. Ça fera du tourisme, des ventes d’œuvres d’art, les gens pourront rencontrer les artistes et en même temps les sans-abris, discuter avec… Il y aura aussi un restaurant associatif dans lequel les gens donneront ce qu’ils voudront. C’est un projet où on peut accueillir des milliers de personnes et ça démarrera j’espère au début d’année prochaine.

Comment procédez-vous sur le terrain ?

Quand on rencontre les sans-abris, on leur demande s’ils en ont marre d’être dans la rue et s’ils veulent en sortir. On leur dit qu’on leur offre une solution, simplement chez nous tout le monde se lève le matin, tout le monde travaille, tout le monde participe. Ils deviennent des bénévoles qui nous aident à construire un édifice de solidarité.

En 2015, vous avez d’ailleurs été au cœur d’une polémique : on vous accusait d’exploiter les sans-abris.

C’est une évidence que les gens ne doivent pas rester oisifs, à rester là sans rien faire de leur vie… Je l’ai expérimenté pendant vingt ans et j’ai remarqué que ça ne menait à rien. L’hiver, ils étaient chez moi, et l’été ils galéraient sur la plage, ça ne les aidait pas… J’étais même prêt à tout arrêter, mais j’ai quand même continué pour construire des maisons pour leur offrir un toit. Finalement, je me suis aperçu que c’était à la fois un bon remède parce que ça les aide à sortir de l’alcool, de la drogue et de l’oisiveté qui n’apportent rien : ceux qui ne font rien passent leur temps à boire et au contraire les autres c’est une manière pour eux de se remettre en question, de retrouver un équilibre, une vie normale. Et souvent quand ils partent, ils croquent de nouveau la vie à pleine dent, c’est vraiment une bonne thérapie.

Les Anges de la rue ne propose donc pas qu’un toit aux SDF, il y a un réel accompagnement derrière…

C’est exactement ça. D’abord on leur donne beaucoup d’amour, on les aime. On en parle avec eux, on leur explique comment est leur vie. On peut prendre l’exemple de Gamal. On va les diriger vers une certaine autonomie à travers le permis de conduire, à travers des formations sur lesquelles ils pourront avoir un rôle de responsable, de contrôleur… Ce n’est pas parce qu’on est handicapé qu’on ne peut rien faire. On leur explique aussi comment faire pour gagner notre confiance et pour que nous-même on puisse les recommander à des gens. Ça fait trois mois que l’on se bat à dire à un jeune de 24 ans qu’il ne peut pas se lever le matin pour aller acheter de la bière. Quand il est arrivé, je lui ai dit que s’il était sérieux je lui mettrais à disposition une voiture avec des outils dedans pour qu’il aille faire du dépannage que je lui aurais appris à faire. Je lui ai prêté la voiture, il s’est baladé et est revenu que deux jours après. Je lui ai dit qu’il avait perdu ma confiance, donc maintenant il va mettre des mois pour la regagner. Il fait des efforts depuis, mais c’est un travail à long terme…

« Ils m’appellent papa, ils m’embrassent… Je les aime et ils le savent »

Peut-on vous considérer comme le papa des sans-abris ?

Oui tout à fait. Ils me le disent d’ailleurs. Ils m’appellent papa, ils m’embrassent. Je les aime, ils le savent. Attention je ne dis pas que des fois je ne fais pas d’erreurs. L’autre jour il y en un qui a vraiment beaucoup bu et il devient méchant quand il est ivre. Seulement j’ai voulu l’empêcher de boire plus et ça s’est mal terminé, il m’a jeté un vélo dessus, il a voulu partir. D’ailleurs ma femme voulait aussi le virer. Mais ça m’a servi de leçon, la prochaine fois je le laisserai partir s’il veut et je l’empêcherai de rentrer bourré. Ce n’est vraiment pas simple…

Comment votre épouse vit votre aventure avec Les Anges de la rue ?

Ma femme est une sainte et elle le vit très bien. Des fois à trois heures du matin elle met les sans-abris qui ont trop bu dans la voiture, elle les emmène sur une plage à sept kilomètres, comme ça le temps de marcher pour revenir au centre d’accueil, ils ont dessaoulé. Autrement, ils vont faire que de tomber, emmerder tout le monde, ils vont être désagréables… Mais ma femme le vit très bien, c’est une aventure magnifique. Elle vient avec moi la nuit, on relève des gens, on ne se pose pas de questions à savoir s’ils sont drogués, malades… Ce sont des êtres-humains et on les aime. S’ils veulent s’en sortir, il n’y a pas de raison à ce qu’on les laisse dans la rue, on va les sortir de là, même s’ils sont sales, qu’ils n’ont pas de dents… On ne va pas les laisser comme ça.

Aider les gens est votre raison de vivre ?

Au début je le faisais par devoir car j’avais fait une promesse et je m’étais engagé. Maintenant, ma fille a 24 ans, elle vient d’être admise à Science Po… Donc je continue parce que j’ai vu des choses merveilleuses ! Je suis heureux d’aider les gens. C’est peut-être prétentieux de dire ça, mais j’ai sauvé des vies, et je m’aperçois que c’est génial, c’est comme une évidence, qu’est-ce que je peux faire de mieux ? J’ai 64 ans, j’ai fait deux infarctus mais je ne rêve plus que de faire ça, de sauver des gens partout dans le monde, par ce qu’il y a des gens qui souffrent et il y a des moyens pour les sauver, il ne faut pas grand-chose, ce n’est qu’une question de volonté. En plus j’ai beaucoup de connaissances techniques, je connais le commerce, je sais faire beaucoup de choses avec mes mains… Je n’ai jamais connu une personne dans l’humanitaire qui a à la fois ce côté social, ce côté commercial et cette force incroyable que j’ai, qui me permet de faire de grandes choses. Par exemple, je suis actuellement sur un endroit où il va falloir faire une mezzanine de 200-300 m2. N’importe qui va faire venir une entreprise et ça va coûter 50.000 euros. Moi je vais faire venir des poutres IPN, on va la faire nous-même et ça va coûter 5.000 euros. C’est une différence énorme.

Maintenant que vous êtes venu en aide à des milliers de personnes, est-ce qu’un peu de repos est prévu ?

Franchement, je mourrai là-dedans. Je n’ai pas envie de prendre du temps. Ça fait trois ans que l’on n’a pas pris un jour de vacances. Il y a tellement de travail… Cette semaine nous sommes montés sur Paris, nous avons sorti Gamal de l’hôtel et nous avons rencontrés des femmes africaines qui vivent à quatre et à cinq dans deux chambres d’hôtel, payées par le SAMU Social, depuis cinq ans. Les enfants n’en peuvent plus, elles nous ont demandé qu’on les sorte de là, et on va le faire à coup sûr ! C’est pour ça que j’ai créé des villages d’artistes, ces familles entières pourront venir avec leurs enfants, ils auront un appartement, ils seront bien à la campagne. Ils auront des bus pour les aider à aller en ville, mais on ne peut pas les abandonner.

Propos recueillis par Argan Fagnou

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